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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 12:45

Beaucoup de critiques ont déjà été émises sur la réforme des rythmes scolaires initiée par Vincent Peillon puis complétée par Benoît Hamon. Le comité Haute-Marne du Parti de Gauche les reprend ici, en particulier sur leur application en territoire rural.

Tout d'abord sur le gain relatif, voire nul, pour le rythme de vie des enfants :

  • les cinq levers consécutifs par semaine avec l'ajout ultra majoritaire du mercredi matin sont un préjudice net. Le rythme le mieux approprié aurait été l'alternance entre deux puis trois levers avec l'ajout du samedi matin.
  • Trois journées de classe sur quatre restent d'une durée de six heures lorsque les activités périscolaires sont regroupées sur une demi journée par semaine. Alors que la justification première de la réforme était de réduire le temps de la journée de classe à moins de six heures, voilà que par dérogation celui-ci ne change pas les ¾ de la semaine !

Ensuite sur les difficultés pour les communes à mettre en place les activités périscolaires :

  • les budgets des petites communes rurales ne permettent pas de financer les emplois que nécessite l'encadrement des activités périscolaires.
  • le « marché du travail » en milieu rural n'offre pas suffisamment de personnes qualifiées pour une animation diversifiée de ces activités.
  • le temps de travail court sur la journée et découpé sur la semaine est un facteur supplémentaire de difficulté à trouver des personnes volontaires pour encadrer le temps périscolaire.
  • L'organisation des activités est sévèrement contrainte par des horaires de transports scolaires la plupart du temps intangibles et par les déplacements d'animateurs qui ne sont pas postés sur place.

Enfin sur la rupture du principe républicain d'égalité territoriale, déjà à l’œuvre mais que cette « réforme » généralise : les communes n'étant pas égales dans leur capacités budgétaires, les activités périscolaires seront

  • encadrées ici par du personnel qualifié et rémunéré, là par des bénévoles non qualifiés ;
  • diversifiées ici, simple garderie là ;
  • gratuites ici et payantes là.

Mais au Parti de Gauche, nous estimons que l'essentiel de l'analyse critique de cette réforme des rythmes scolaires n'a pas été suffisamment exposé. Pour cela nous devons nous poser quelques bonnes questions.

Quelle urgence y avait-il à faire évoluer les rythmes scolaires ?

Parmi les aspects du chantier de refondation de l'école promise par l'ancien ministre PS Vincent Peillon, le changement des rythmes scolaires n'était pas le plus attendu. Si les enseignants étaient d'accord sur le constat que la journée d'école de six heures pouvait être longue pour les jeunes enfants de la maternelle au cours élémentaire, la révision des programmes et la remise en état de leur formation saccagée par les ministres UMP Xavier Darcos et Luc Chatel étaient à juste titre leurs priorités. Les enseignants ont vu arriver la seconde, mais se demandent toujours pourquoi les rythmes scolaires sont passés devant une révision des programmes qu'ils attendent toujours...

Quelle différence y a-t-il entre enseignement scolaire et activité périscolaire ?

L'exclusivité de l'école d'enseigner les matières dites « fondamentales » (Français, mathématiques, sciences, histoire/géographie) ne fait pas débat. Par contre, le temps périscolaire voit fleurir des activités artistiques, culturelles, sportives qui entrent en concurrence avec des matières qui sont au programme de l'école. Du coup se pose la question : quelle différence y a-t-il entre un enseignement  de langue étrangère, de musique, de théâtre, de graphisme, de sport à l'école, et des ateliers de contenus identiques sur le temps périscolaire ? Et la question subsidiaire : dans la mesure où ces matière dites d'éveil sont toujours au programme de l'enseignement scolaire, peuvent-elles être transférées au temps périscolaire, et y a-t-il avantage qu'elles le soient ? Deux points du décret sur les rythmes scolaires permettent de décoder la conception du gouvernement en la matière. Premier point : pour un temps d'école hebdomadaire qui reste inchangé à 24h, le temps de matinée est augmenté avec l'ajout du mercredi matin (accessoirement du samedi) et est diminué les après-midi. Sachant que les matières d'éveil culturel et artistique sont placées préférentiellement l'après-midi, il y a fort à parier que la tendance sera forte de les alléger d'autant à l'école pour les transférer sur le temps périscolaire. Ce qui nous amène au deuxième point : ce transfert est prévu et souhaité par le décret ! Sous la forme du Projet Éducatif Territorial (PEDT), les écoles, associations, conseil municipal d'une commune sont invités à s'entendre sur un programme d'enseignement. Autrement dit, les activités périscolaires peuvent se comprendre à la fois comme un « transfert de charge » de ce que l'école ne prendrait plus le temps de faire (tout en ayant toujours la légitimité de le faire), et comme un accaparement de l'enseignement scolaire par des institutions autres que l'école telles que les communes et les associations. Considérant les niveaux de qualification des enseignants de l'Education nationale et des animateurs du périscolaire, nous pouvons estimer que la qualité de l'enseignement scolaire reste supérieure aux ateliers périscolaires pour toutes les matières, et qu'il n'y a donc pas d'avantage à transférer celles d'éveil au périscolaire. Il faut donc chercher l'intérêt du gouvernement à cette réforme ailleurs que dans un gain de qualité d'enseignement. Ce qui nous amène à la troisième question.

Pourquoi faire porter le TAP (temps d'activité périscolaire) sur les communes ?

Par ce transfert d'une partie de l'enseignement de l'école vers le temps périscolaire, Vincent Peillon et le gouvernement auquel il a appartenu accentue la dés-unification du service public national de l'éducation en le délestant d'une partie de l'enseignement pour le transférer aux communes. En vigueur depuis plusieurs années déjà, le dispositif du Contrat Éducatif Local a été la première étape d'une prise en charge de l'enseignement par les communes, facultative celle-là. Le décret Peillon sur les rythmes scolaires fait passer une deuxième étape importante à cette prise en charge en la généralisant à toutes les communes sous la forme du TAP. Quelle sera l'étape suivante : suppression des matières d'éveil du programme de l'école pour être totalement à charge des activités périscolaires communales ? Transfert des enseignants du statut de fonctionnaire d’État à fonctionnaire territorial ? Transfert de la responsabilité des programmes scolaires de l’État vers les collectivités locales ? Tout est possible tant la voie est déjà tracée dans ce sens. Voilà donc la véritable motivation du décret Peillon, dans la droite ligne du grand dessein des libéraux de tous bords : que l'éducation ne soit plus unifiée sous la responsabilité nationale de l’État mais laissée au bon vouloir des responsabilités locales et de leurs affinités avec le secteur privé.

Au final donc, il ne faut pas se laisser abuser par l’apparence improvisée de cette réforme des rythmes scolaires. En réalité, elle est tout ce qu’il y a plus réfléchi dans un but précis : être une étape de la démarche consciencieuse de démantèlement de l’Éducation nationale comme service public national unifié sous responsabilité de l'Etat pour passer à une éducation territorialisée sous responsabilité des collectivités locales. Ce glissement de l'éducation de l’État vers les collectivités locales est à relier aux réformes successives de décentralisation, où la création des métropoles, l'agrandissement déjà en cours ou annoncé des intercommunalités et des régions s'accompagne d'un renforcement de leurs compétences, l'éducation étant dans les « bagages » des prochaines vagues de décentralisation.

Aux yeux des libéraux shootés à la concurrence libre et non faussée, le service national de l'éducation pâtit de trois tares : 1) Il coûte trop cher à l'Etat parce qu'il oblige celui-ci à assurer un minimum d'égalité sur tout le territoire national. 2) Le statut de fonctionnaire d’État octroie une trop grande sécurité à ses agents et est une entrave à une gestion « managériale » des personnels. 3) Et surtout, le budget de l’Éducation est une manne sur laquelle le secteur privé en recherche de profits n'a pas la main tant qu'il relève de l'Etat. Tandis que les collectivités locales sont bien souvent plus complaisantes envers les appétits du secteur privé, à l'exemple des concessions de la distribution d'eau potable ou des partenariats public/privé dans les équipements sportifs, les prestations culturelles.

Pour le Parti de Gauche, la prise en charge de l'éducation par des collectivités locales aux moyens inégaux est une rupture avec le principe républicain d'égalité nationale, c'est la porte ouverte à une éducation à plusieurs vitesses, c'est l'incitation à une marchandisation de l'éducation par des concessions au secteur privé ou par des partenariats public/privé. C'est pourquoi nous refusons la réforme des rythmes scolaires et sa distinction fallacieuse entre enseignement scolaire et activités périscolaires. Pour nous les matières d'éveil relèvent pleinement de l'école, où elles doivent être enseignées autant que nécessaire sur des créneaux horaires appropriés par des enseignants spécialisés déployés autant à la campagne qu'en ville.

Au Parti de Gauche, nous estimons que le service public national de l'éducation est un bien commun non « vendable » au secteur marchand, qu’il reste un dispositif d'avant garde dont la responsabilité de la gauche est de l'amener à sa pleine mesure et que confier l'éducation aux collectivités locales serait un retour régressif aux féodalités d'avant la République. Nous estimons que le sentiment d'unité nationale, la capacité contributive des citoyens à la Nation, l'émancipation des individus et du peuple passent par une éducation égalitaire, de haut niveau d'exigence, elle-même émancipée de toute domination, que seul un service public d'Etat peut assurer, en moyens, en contenus et en éthique.

Comité Haute-Marne du Parti de Gauche

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Published by lepartidegauche.haute-marne
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commentaires

Thierry LEDRU 07/08/2014 16:16

Je me permets de vous mettre en lien une partie des articles que j'ai écrits sur le sujet. J'adhère bien entendu intégralement à votre analyse.
Je ne prendrai pas ma classe à la rentrée. J'ai demandé à démissionner avec une IDV mais le rectorat m'a répondu que ça serait refusé: enveloppe gelée.
J'ai demandé une reconversion et on m'a répondu qu'avec un BAC et mon diplôme d'instit, je n'avais pas le niveau requis pour quoi que ce soit et qu'il fallait que je retourne à l'école...Trente-deux ans de carrière, ça ne vaut rien...
J'ai prévenu l'Inspection que je ne prendrai donc pas mon poste à la rentrée, même si je dois me mutiler pour ça.

Je ne suis pas un collaborateur.

http://la-haut.e-monsite.com/pages/l-ecole.html

http://la-haut.e-monsite.com/pages/cahier-de-nuit-1.html



Bien cordialement.

LABA 16/08/2014 13:48

Parfaitement en accord avec ces analyses, espérant qu'on n'en arrive pas là, je refuse de gérer quoi que ce soit de plus et qui concernerait les TAP ou autres, réduire la journée scolaire est en effet simple et ne devait pas entraîner tant de dysfonctionnements si les communes aussi ne s'en étaient pas saisi comme pouvoir existentiel de faux enseignement, les récréations animées et en toute sécurité pour les élèves. Se consacrer sur nos missions d'enseignement, surtout avec tous les nouveaux textes à mettre en pratique dont, justement les nouveaux programmes qui arrivent. Occuper les mairies et s'arrêter de faire cours si cela devient impossible, arrêter d'accepter des conditions de travail impossibles...Ou convoquer parents et élèves dans les bureaux du maire pour y faire classe, puisque l'Ecole de la République ne répond plus à son fondement.

J'adhère au PG

Créé en 2009, le Parti de Gauche a pour projet l'écosocialisme. Partant du constat que l'humanité est confrontée à des inégalités insoutenables et à la mise en péril de la biosphère, l'écosocialisme pose comme principe du progrès humain de lier les exigences sociales et écologiques, en s'appuyant sur une refondation démocratique.

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